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Une minute pour chaque jour (1)

Une minute pour chaque jour (1)

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Attendre

Attendre n’est pas gai. Et pourtant, nous faisons de la vie une salle d’attente.

Toute la semaine, on attend le samedi, et le dimanche, on attend le dimanche suivant. On roule vite en auto, parce qu’on attend d’arriver. Et dès qu’on est arrivé, on attend de partir. Au cinéma, les gens se lèvent avant la fin du film : on dirait qu’ils ne sont venus que pour attendre de s’en aller. Quand on sert le potage, on attend déjà le dessert. Si on est dehors, on attend d’entrer ; et dès qu’on est entré, on attend de sortir.

Dans cette impatience à voir venir la suite, nous donnons l’impression de penser que la vie, ce n’est jamais maintenant : ça commencera tout à l’heure.

Cet instant n’est rien : c’est l’instant d’après qui sera tout. Nous ne vivons pas, nous attendons de vivre. Nous avons avec la vie des rendez-vous qui sont toujours demain. Jésus n’a pas dit : “Maintenant, ça compte pour rien mais attendez ce qui va venir, n’attendez pas, saisissez aujourd’hui, vivez tout de suite. Couler votre âme dans l’instant !”

Chaque minute de mon temps s’appelle ma vie.

Pouvoir et savoir

Elle a posé sur la table trois poignées de cerises qui, à l’instant, étaient encore sur l’arbre. Mais, dix fourmis qui étaient aussi sur l’arbre sont aussi, maintenant, sur la table.

Pauvres fourmis ; leur vie ne va plus être bien longue. Car la maîtresse de maison, sans y penser, tout en parlant, et du bout des doigts, écrase chaque fourmi qui passe près de sa main.

Qu’est-ce qu’on écrase quand on écrase une fourmi ? On écrase sans savoir.

Depuis que le monde est monde, on en a tué, et on en tue du monde. Et pourtant personne ne sait et n’a jamais su ce qu’on fait, au juste, quand on tue quelqu’un.

Ce qu’il y a d’inquiétant avec l’homme, c’est que son pouvoir est bien plus grand que son savoir. Il peut presque tout. Il ne sait presque rien.

Les hommes ont le pouvoir de démontrer, de détruire, de tordre, d’écraser, de manipuler, de cloner… de tuer, mais, comme Jésus l’a dit : « Ils ne savent ce qu’ils font. ».

C’est pour ça qu’on veut même tuer Dieu.

Le sourire

Surprise… émerveillement, l’autre jour dans le train. Un monsieur s’approche de la personne assise à côté de lui et lui dit : « En vous voyant, je me demandais si c’était bien vous ou pas ? Mais quand vous avez souri, j’ai pensé : pas d’erreur, c’est bien lui ! »

Heureux l’homme que l’on reconnaît à son sourire ! Heureux l’homme qui a imprimé son sourire dans la mémoire des autres. Aucune créature au monde ne peut sourire, sinon l’homme.

Le sourire est un cadeau de Dieu. Cà ne pouvait servir à rien, le sourire : ni à être le plus fort, ni à trouver mieux sa nourriture, ni à survivre. Le sourire n’a rien à voir avec la sélection naturelle ; la nature n’a pas privilégié la créature qui souriait le plus. Non, vraiment, le sourire est un cadeau de Dieu. Un cadeau qui nous a été fait pour l’offrir aux autres.

Un sourire change la vie. Sourire à quelqu’un, c’est lui montrer un peu le visage même de Dieu.

Un tunnel sans fin

On a bien raison de dire : « On fait aujourd’hui des choses extraordinaires, de très belles choses. »

Mais l’instant d’après, on s’écrie : « C’est affreux ! On n’a jamais vu des choses pareilles ! Pauvre monde ! Où va-t-on ?

Monsieur Merveille et Monsieur Catastrophe, c’est un seul homme – et c’est vous ou moi. Monsieur Tout heureux et Monsieur Sauve-qui-peut, c’est un seul homme – et c’est vous ou moi.

Pourquoi ? C’est peut-être parce qu’il y a des choses qui ne dépendent que de la technique et, notre technique étant bonne, ces choses réussissent : percer les montagnes, rallonger la vie, faire rouler des trains.

Et puis, il y a des choses qui ne dépendent pas seulement de la technique : rendre meilleure la vie, s’aider, s’aimer. Et ces choses nous réussissent moins bien : c’est qu’il y faut des forces divines.

Et c’est là que de rejeter Dieu sous prétexte qu’on sait faire des tunnels sans Lui nous a mis dans un autre tunnel dont on ne voit pas la fin.

La vie devant soi

L’homme piochait son carré de terre. Dans sa musette, il avait pris son pain et son lard. Vers huit heures, il a pris sa musette, il a tâté son pain … il a dit : “Tu aurais envie de le manger, mais tu ne l’as pas encore gagné !” Alors, il a jeté sa musette trois pas plus loin. Il fallait encore piocher jusque-là.

Le secret de la vie c’est d’avoir un but devant soi. La cavalerie royale française avait cette devise : “Jette ton cœur par-dessus l’obstacle et ton cheval ira le chercher.”

Le secret du courage, c’est de voir en avant, au-delà de soi-même. Nous vivons comme si vivre c’était tout voir derrière soi et rien devant ; comme si c’était quitter tout, toujours quitter : ses 20 ans, sa beauté, sa santé, ses capacités, pour aller en direction de rien.

Le secret de la vie, c’est d’avoir la vie devant soi. Le mot de Jésus a toujours été : Je vous précède. Je suis devant. Le secret de la vie, c’est d’avoir quelqu’un que l’on puisse suivre et rejoindre.

Pâques : un nouveau sens

Notre pente naturelle est de croire à la mort plus qu’à la résurrection. Nous allons d’un pas plus assuré vers le cimetière que vers le tombeau vide.

Jésus qui souffre et qui meurt est en contact brûlant avec notre chair, mais le Christ ressuscité est pour nous un inconnu, un étranger, un fantôme qui fréquente d’autres chemins.

Nous sommes arrêtés à l’heure de Vendredi-Saint, à l’heure des ténèbres, et c’est un peu inutilement que le soleil de la résurrection nous fait signe qu’on a changé de jour. Nous connaissons la tombe qui s’ouvre pour qu’on y rentre. Pâques nous a fait connaître la tombe qui s’ouvre pour qu’on en sorte. Le sens unique est renversé et les jours qui passent vont désormais vers la vie.

C’est Pâques aujourd’hui, c’est-à­-dire un jour tourné dans le nouveau sens. Et d’ailleurs, tous les jours sont désormais des jours de Pâques, même les nôtres.

Nous voilà donc des gens “de bons sens”.

Philippe Zeissig (1920-1992)
“Un minute pour chaque jour”

Parution dans le bulletin ’Résurrection’ :

La vie devant soi : mars 1991
Le sourire : avril 1993
Attendre : novembre 1993
Un tunnel sans fin : juin 2007
Pouvoir et savoir : avril 1998
Pâques : un nouveau sens : ?.

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