EPE Charleroi - 190 rue des Cayats - 6001 Marcinelle - +32 71 32 84 92

La miséricorde triomphe du jugement

La miséricorde triomphe du jugement

Jean 8.1-11    Exode 20.14    Jacques 2.10    Matthieu 22.34-40

Le titre du texte aurait pu être “La Loi et la grâce”, ou “La grâce triomphe”, ou encore “L’Evangile du pardon”. Dans la plupart des Bibles, les traducteurs ont ajouté un titre plus racoleur : “La femme adultère”.

On peut s’étonner : “Qu’est-ce que ce texte fait là ?”

La Bible est en prise directe avec la vie. Pas seulement la vie religieuse, la vie spirituelle, la vie tout court, la vie des hommes et des femmes, la vie d’ici-bas et souvent dans ses bassesses.

Quand la Bible nous dit que Dieu est venu jusqu’à nous, ce n’est pas qu’Il est resté dans les nuages au-dessus du fumier qui recouvre la planète. Il est descendu jusqu’au fond de la fange humaine et de la boue du péché. Déjà dans l’Ancien Testament, on ne nous dore pas la pilule. Il n’y a pas que la foi d’Abraham, il y a ses mensonges. Il n’y a pas que le Psaume 23 de David ou sa victoire sur Goliath, il y a aussi Bethesda. A côté des miracles d’Elie, il y a la déprime du prophète. A côté de l’élection d’Israël, il y a la rébellion du peuple élu. A côté de la force de Samson qui défend la bonne cause, il y a la faiblesse du juge dans les bras de Dalila. On pourrait multiplier les exemples : Jacob le trompeur, Salomon le polygame et l’idolâtre, la longue série des mauvais rois d’Israël !… La Bible est honnête. Elle ne jette pas de la poudre aux yeux. Elle ne nous transporte pas dans un monde de rêve ; elle n’est pas un opium pour nous endormir. Elle nous met face à la réalité. Voilà pourquoi elle demeure moderne. Elle est ancrée dans ‘’le vrai’’.

Le texte de Jean 8.1-11 débute par les mots « Tôt le matin », parce que les prises en adultère se font à l’aurore. Ce matin-là, à Jérusalem, les Pharisiens, ou leurs “services spéciaux”, sont aux aguets.

N.B. : Ce n’est pas Jésus qui a organisé la prise en adultère, qui cherche la faute, qui tend un piège, qui pourchasse les pécheurs. Que fait-il, lui, tôt le matin ? Il va dans le temple et enseigne le peuple. Jésus veut instruire plutôt que punir, enseigner plutôt que condamner, choisir la prévention plutôt que la répression, éduquer plutôt que corriger, expliquer plutôt que juger.

Tant de personnes se font une fausse opinion de Jésus et le voient comme, un juge implacable toujours aux aguets pour prendre en défaut, toujours à la recherche du coupable, toujours prêt à nous prendre la main dans le sac.

Mais ce n’est pas le Jésus de la Bible ! Le Seigneur a dit : « Je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde. » (Jean 12.4). Pour nous chrétiens, voilà l’attitude à imiter ! Le chrétien n’est pas là pour juger les autres, mais pour les amener à la croix et au salut ! C’est pareil pour le Pasteur, Il se peut qu’a l’occasion d’un repas de noces, des invités non chrétiens se disent : “Pourvu que le Pasteur ne soit pas à notre table pour me juger si je bois, je fume, je ris, je danse.” Mais le Pasteur n’est pas là pour juger ! A la maison de repos, un résident qui vient à la réunion du jeudi, cache sa cigarette quand je le croise. Il pense que je vais le juger, or, je suis là pour partager la Parole, l’Evangile, l’amour de Dieu.

Attention ! L’attitude de Jésus dans Jean 12.4 ne veut pas dire que le péché est sans gravité et que le Seigneur ferme les yeux. Loin de là !

Les Scribes et les Pharisiens amènent à Jésus une femme adultère. Or, pour commettre un adultère, il faut être deux. Et l’homme, où est-il ? La Loi de Moïse dit clairement que les deux sont coupables (Lévitique 20.10). Pourquoi estropier la Loi ? Pourquoi l’amputer de 50% de son contenu ? Pourquoi deux poids, deux mesures ? Pourquoi tordre la Parole de Dieu ? “Peut être l’homme était-il trop fort et n’a-t-on pas osé s’en prendre à lui, ou peut-être courait-il très vite ! Ou encore était-il un personnage important dans la ville, un notable, voire même un Pharisien, un membre du clergé, ou un homme riche ayant payé sa fuite.” Bref, l’homme adultère n’est pas là !

En tant que chrétien, qu’Eglise, que Pasteur, Ancien, parents, enseignants…, que Dieu nous garde de faire deux poids deux mesures : un poids pour le riche et un pour le pauvre, un poids pour l’homme et un pour la femme, un poids pour les jeunes et un pour les aînés, un poids pour les intellectuels et un pour les manuels, etc. Que Dieu nous donne d’être justes et non une pierre d’achoppement !

Les Pharisiens accusent la femme au nom de la Loi de Moïse. Ils se servent de la Loi pour accuser les autres (Exode 20.14). Ils ont oublié qu’en pointant le doigt vers la femme, d’autres doigts pointent vers eux. Ils ont surtout oublié que la Loi est un don de Dieu, une bénédiction de Dieu et non une arme pour accuser, condamner, juger les autres. Ces religieux n’ont plus que la Loi en tête, mais la Loi contre les autres. Ils oublient les gens. Ils font de la religion. Mais Jésus a dit : « Le sabbat (la Loi) a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Marc 2.27). L’être humain est plus important que la religion ; celle-ci détruit. Un exemple nous est donné dans l’actualité récente : les terroristes islamiques tuent hommes, femmes, enfants, vieillards, oubliant les gens, comme les Pharisiens.

Jésus a dit : « Vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth, du cumin et vous laissez ce qui est important dans la Loi, la justice, la miséricorde et la fidélité ; c’est ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Vous coulez le moucheron et avalez le chameau. » (Matthieu 23.23-24). Si nous professons la foi en Jésus-Christ, comme chrétiens évangéliques, veillons à nous distinguer par notre justice et notre miséricorde.

Les Pharisiens demandent l’avis de Jésus, non pour apprendre mais pour lui tendre un piège pour pouvoir l’accuser (v.6). Ils ne pensent qu’à accuser : la femme, le Christ, leur prochain. C’est avec raison que Jésus dira d’eux : « Vous avez pour père le diable. » (Jean 8.44). Car le diable est accusateur (Apocalypse 12.10).

A leur question, Jésus ne répond pas ! Il trace des traits sur le sol. Qu’écrit-il ? Les exégètes sont taquinés par ce détail. Comme le texte biblique ne dit rien, gardons-nous de proposer une réponse !

Cet épisode me fait penser à une partie de pêche ! A la pêche au vif, on accroche un petit poisson vivant à la ligne comme appât pour en attraper un plus gros. Cette femme sert d’appât vivant pour capturer un gros poisson : Jésus.

Mais le génie de Christ est d’échapper à ses prédateurs. Et en même temps, il épargne l’appât, c’est-à-dire la femme adultère.

L’adultère n’est qu’un alibi. Le vrai mobile est la haine contre Jésus. La véritable cible, c’est Jésus.

Aujourd’hui, encore, il y a beaucoup de haine contre le Christ, et pas seulement de la part des Musulmans. Jésus a dit : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (Jean 15.20) ; « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. » (Jean 15.18).

La réponse du Christ est célèbre dans le monde entier : « Que celui de vous qui est sans péché jette la première pierre. » (Jean 8.7). Que veut faire comprendre le Christ ? Qu’aux yeux de Dieu, les accusateurs sont pécheurs également ! Tous sont coupables !

Chaque fois que nous voudrions lapider un fautif, c’est nous-mêmes que nous devrions lapider. Nous méritons la même sanction : la mort, car nous sommes tous égaux devant le péché (Romains 5.12), tous ont péché (Romains 3.23) et ont besoin de la grâce de Dieu et de la croix de Jésus-Christ. Ces versets doivent désamorcer notre esprit de jugement contre autrui.

Le “miracle” de cet épisode, c’est que pas un seul accusateur n’a jeté la première pierre. Pourquoi ?

Parce que c’est Dieu lui-même qui est présent, et sa présence impose à tous le silence et crée un sentiment de culpabilité insoutenable. Devant la puissance de la Parole du Christ, personne ne conteste. Ils se retirent l’un après l’autre.

La femme reste seule avec Jésus. Elle n’a pas peur et ne s’enfuit pas, car elle a compris que Jésus n’est pas son accusateur, mais son défenseur, son sauveur. D’après 1 Jean 2.1, Jésus est notre “avocat”.

A cette femme qui n’a encore rien dit, Jésus pose une question : « Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ? » (v.10).  Jésus a tout vu, pourquoi cette question ? Pour faire parler la femme, lui rendre sa dignité, lui donner de l’assurance, de la confiance pour l’aider à relever la tête.

Nous ne sommes pas là, nous chrétiens, pour écraser notre prochain, mais pour le relever. Pour ma part, en tant que Pasteur, je veille à ce que la Parole prêchée ne soit pas une parole qui accuse, juge, tue, mais une parole qui édifie, restaure, tout en ayant le courage “d’appeler un chat un chat”.

Voici la dernière parole de Jésus : « Moi non plus je ne te condamne pas, va et ne pèche plus ! » (v.11).

Quelqu’un dira : “Jésus a été indulgent et compréhensif avec cette femme !” Oui, et il l’a été aussi avec nous en pardonnant nos péchés.

Quelqu’un d’autre dira : “Pour Jésus, l’adultère n’est pas trop grave !” On trouve la bonne réponse quelques chapitres plus loin en découvrant l’horreur de la croix pour comprendre l’horreur du péché. Jésus ne nie pas la faute et sa gravité, mais prêche le pardon de Dieu, qui ne ferme pas les yeux sur le péché avec laxisme et faiblesse. Jésus lève la sanction. Il la prendra sur Lui à la croix du Calvaire. La parole de Jésus « Je ne te condamne pas. » montre la puissance de l’amour de Dieu, sa grâce et son pardon, et pas une quelconque indulgence face au mal.

Dieu nous aime comme nous sommes, mais cela ne veut pas dire que nous devons rester comme nous sommes. « Va et ne pèche plus. » signifie que nous devons changer et renoncer au mal sous toutes ses formes.

Prédication apportée le 4 mars 2018 par Philippe HUBINON.
Résumé : Marie-Rose GÉRARD – Encodage : Efrem GERONAZZO

Fermer le menu