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Jean d’Ormesson (1925-2017)

Jean d’Ormesson (1925-2017)

La Loi française du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique stipule à l’article 41 que “l’auteur ne peut interdire […] de courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’oeuvre à laquelle elles sont incorporées”.

Question à Jean d’Ormesson

— Si vous rencontriez Dieu, vous auriez, comme tout le monde, deux mots à lui dire ?
— J’espère qu’il aurait, Lui, un mot à me dire. J’espère qu’il me dirait : “Je te pardonne.”

“C’est une chose étrange à la fin
que le monde”

EXTRAITS DU LIVRE

La mort n’est pas une anecdote. On ne peut pas dire n’importe quoi ni vivre n’importe comment. La vie est brève, l’éternité est longue, chacun de nous est un être-pour-la-mort : impossible de ne pas nous demander ce qui nous attend de l’autre côté de ce pont que nous avons à franchir. Tout dans notre parcours relève de l’anecdote — sauf la mort. (p. 244)
Je ne sais pas si Dieu existe mais, depuis toujours, je l’espère avec force. Parce qu’il faudrait qu’existe tout de même ailleurs quelque chose qui ressemble d’un peu plus près que chez nous à une justice et à une vérité que nous ne cessons de rechercher, que nous devons poursuivre et que nous n’atteindrons jamais.
De temps en temps, je l’avoue, le doute l’emporte sur l’espérance. Et, de temps en temps, l’espérance l’emporte sur le doute. Ce cruel état d’incertitude, cette “fluctuatio animi” pour parler comme Spinoza, ne durera pas toujours. Grâce à Dieu, je mourrai. (p. 216)
Un hasard, rien de plus courant. Deux hasards, pourquoi pas ? Trois hasards, passe encore. C’est la foule de hasards, tous allant dans le même sens, dans le sens de la matière en train de se constituer, dans le sens de la vie en train de naître, dans le sens de l’histoire en train d’avancer, qui commence à me tourner la tête.
L’univers dans son entier, ses règles immuables, sa cohérence, son harmonie, le soleil, les étoiles, la lumière, les fleurs des champs et tout le reste que je vous épargne, ah ! et le temps aussi, et moi par-dessus le marché pour rêver toutes ces choses, ça fait tout de même beaucoup. J’ai le vertige du monde.
Et tout ce qu’on me raconte pour me remettre sur la bonne voie et me convaincre de la capacité du tout à se produire lui-même me semble invraisemblable. Y compris cette vieille lune déjà un peu décatie, ce gri-gri de sorcier tombé du ciel sans crier gare : la jonction quasi magique du hasard et de la nécessité qui suffirait à expliquer le surgissement de l’univers. Il faudrait pour s’en contenter une sacrée dose de crédulité. (p. 232)
Les deux questions. Au moins une fois dans la vie de chacun d’entre nous, deux questions — et deux questions seulement — toutes simples et peut-être sans réponse, mais auxquelles il est difficile de se soustraire et autour desquelles nous tournons depuis le début de ces pages, ne peuvent pas manquer de se poser. La première : Dieu existe-t-il ? La seconde : Qu’y a-t-il après la mort ? (p. 211)
Le monde est une énigme. Nous voilà parvenu à un tournant de notre trop longue excursion. Que savons-nous ? Grâce à la science, beaucoup de choses, si longtemps ignorées, peu à peu découvertes — et presque rien. Presque tout, en vérité. Sauf l’essentiel. Un enfant de sept ans en sait plus aujourd’hui sur l’univers autour de lui et sur son propre corps qu’Aristote et Descartes. Et tous nos Prix Nobel réunis n’en savent pas plus sur le temps qui passe, sur la mort, sur le sens de l’univers, sur le destin des hommes, sur une autre vie possible qu’un gamin d’Ur ou de Thèbes, de Milet ou d’Elée, ou de l’Athènes de Périclès. (p. 225)
Ceux qui ne croient pas à Dieu font preuve d’une crédulité qui n’a rien à envier à celle qu’ils reprochent aux croyants. Ils croient à une foule de choses aussi peu vraisemblables que ce Dieu qu’ils rejettent : tantôt au hasard et à la nécessité, tantôt à l’éternité de l’univers ou à ce mythe qu’ils avalent tout cru d’un temps dont l’origine ne poserait pas de problème. A l’homme surtout, à l’homme, sommet et gloire de la création, chef-d’œuvre d’orgueil et trésor pour toujours, et à l’humanisme. J’ai le regret de l’avouer : je ne crois à rien de tout cela. Si je croyais à quelque chose, ce serait plutôt à Dieu — s’il existe. Existe-t-il ? Je n’en sais rien. J’aimerais y croire. Souvent, j’en doute. Je doute de Dieu parce que j’y crois. Je crois à Dieu parce que j’en doute. Je doute en Dieu. (p. 268, 269)

Entretien avec Jean d’Ormesson

Je ne crois pas dans le Dieu révélé des religions, mais l’hypothèse selon laquelle l’univers sort du hasard et de la nécessité me paraît une idée folle. […]

Dieu est caché et doit le rester, afin que nous puissions nous interroger sur son existence. Pour moi la liberté des hommes réside en ce qu’ils peuvent nier Dieu. Et c’est une sacrée liberté. »

Extrait du « Grand entretien » avec l’écrivain Jean d’Ormesson,
“Le monde des religions”, Janv.-Fév. 2007, p. 81
Voir en ligne : Biographie officielle de l’Académie française

Jean Lefèvre, comte d’Ormesson
Né à Paris le 16 juin 1925 d’un père ambassadeur du Front populaire et ami de Léon Blum, Jean d’Ormesson se voit dispenser une éducation privilégiée, dans le respect des valeurs traditionnelles. Evoluant dans un cadre libéral, il entame un parcours sans entrave. Elève brillant, il accumule très vite les diplômes : agrégé et diplômé d’études supérieures de philosophie, normalien... Cet érudit ne s’arrêtera pas là. Jean Lefèvre, comte d’Ormesson, embrasse une carrière de haut fonctionnaire devenant président du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines à l’Unesco.
Il s’essaie également à l’écriture : ’L’Amour est un plaisir’, ’Du côté de chez Jean’. Ses œuvres dénotent insouciance et joie de vivre. Mais c’est en 1971 que débute réellement sa carrière littéraire, avec la parution de ’La Gloire de l’Empire’, Grand prix du roman de l’Académie française. Académicien, il ne néglige pas pour autant son statut de directeur au journal Le Figaro.
Aspirant à un monde ’traditionnellement moderne’, il insuffle à ses écrits un peu de lui et ce n’est pas pour déplaire ! Mais il ne fait pas que parler de lui-même et transmet à la nouvelle génération des réflexions philosophiques comme ’Le Rapport Gabriel’ ou encore ’Presque rien sur presque tout’. En 2003, ’C’était bien’ raconte la vie de l’auteur et anticipe même sa mort. Avec ’Une fête en larme’ en 2005, il tente l’originalité et, toujours en se mettant en scène, il se met à raconter son roman idéal à un journaliste. Enfin en 2006, il se laisse aller et publie ’La Création du monde’, roman d’un nouveau genre pour lui et très attendu par la critique littéraire. En 2007 paraît son nouveau roman ’Odeur du temps’ aux éditions Héloïse d’Ormesson, maison dirigée par sa fille. En 2009, il publie coup sur coup deux ouvrages, ’L’Enfant qui attendait un train’, un album jeunesse, et ’Saveur du temps’, le deuxième tome de ses chroniques au Figaro.
Il décède dans la nuit du 4 au 5 décembre 2017, d’une crise cardiaque.
Source : Site Web Evene.fr

In bulletin “Résurrection” de :
 Entretien avec J. d’O. : juillet 2007

“C’est une chose étrange…” : février 2011.

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