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Amour des Êtres et des Choses

Amour des Êtres et des Choses

PAGE D’ANTHOLOGIE CHRÉTIENNE
Extrait de “ Le tailleur de pierres de Saint-Point ”

… Quand j’ai bien aimé et bien servi, selon mes forces, le bon Dieu et les hommes, oserai-je vous le confesser ? je me sens une tendresse bête, mais une tendresse que je ne puis pas vaincre, pour tout le reste de la création, surtout pour toutes ces créatures animées d’une autre espèce, qui vivent à côté de nous sur la terre, qui voient le même soleil, qui respirent le même air, qui boivent la même eau, qui sont formées de la même chair, sous d’autres formes, et qui paraissent vraiment des membres moins parfaits, moins bien doués par notre père commun, mais enfin des membres de la grande famille du bon Dieu.

Je veux parler de ces animaux, de ces chiens si fidèles et si bons serviteurs que, pour des gages mille fois supérieurs, ils ne quitteraient le maître indigent à qui ils sont dévoués ; de ces chèvres, de ces chevreaux, de ces brebis, qui montent le soir jusque sur la crête de ce rocher pour me voir revenir de plus loin à la hutte, qui m’appellent comme s’ils comprenaient que leurs bêlements hâteront mon retour vers eux, qui s’élancent pour me faire fête, aussitôt que j’ai traversé les champs cultivés et que j’entre dans les bruyères incultes où je leur permets de paître et de bondir en liberté ; de ces oiseaux qui m’ont vu, tout petits, sans plume, respecter leurs nids et émietter mon pain pour les couveuses à portée du bec ; de ces mouches à miel à qui je laisse leur nourriture d’hiver et dont je ne prends un peu de miel que pour les malades ; de ces lézards que le bruit de la pierre sonnante sous le marteau comme une cloche attire au soleil, tout le jour, autour de moi, et que je n’écrase jamais sous mes pieds ; enfin de tous les plus petits insectes habitants des feuilles, des pierres ou des herbes, à qui je ne fais jamais de mal, parce que je vois en eux l’œuvre du bon Dieu, qu’il n’est pas permis de briser en vain.

Alphonse de LAMARTINE

Poète, romancier, historien, orateur, critique et homme d’Etat. Secrétaire d’ambassade à Florence (1821) ; après un voyage en Orient (1831), député (1833) ; chef du gouvernement provisoire (1848). Rentre dans la vie privée (1849). Ses dernières années furent attristées par la misère. Lamartine révèle une poésie nouvelle, rêveuse et personnelle. Poète religieux, épris d’idéal. Dieu, la nature, la destinée de l’homme, l’amour, la famille, telles sont les principales sources de son inspiration. Ses meilleures oeuvres en prose sont le Voyage en Orient et les Mémoires inédits.

[Notice et texte extraits de l’Anthologie illustrée, de Jean Van Dooren, Librairie Hermann, Verviers (Belgique), 1927 Prix de la langue française décerné par l’Académie Française le 23 juin 1925]

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